Ce que le JEP ne dit pas...
Du côté des consommateurs - Marketing Date : 09-10-2007Le JEP (jury d'éthique publicitaire) annonce par voie de presse sa réforme prochaine, notamment en suggérant qu'il pourrait accepter de prendre en compte les revendications des organisations de consommateurs. Celles-ci revendiquent de longue date la création d'une instance paritaire comme cadre pour les débats et le traitement des plaintes en matière de publicité. "Paritaire" signifie une représentation équilibrée des professionnels concernés et des organisations de consommateurs, sous l'égide des pouvoirs publics. Les revendications des organisations de consommateursEn réalité, les professionnels butent contre cette perspective. En 2006, dans un premier essai de réforme du JEP, ils avaient exclu une représentation équilibrée des organisations de consommateurs et refusé d'adopter un mode de fonctionnement efficace, plus éthique et démocratique à savoir:(1) - des jugements fondés sur des codes d'éthique qui sont rarement une plus-value par rapport à la législation;
- un champ de compétence limité aux mass média qui exclut toujours des techniques publicitaires comme le marketing viral, buzz marketing, placement de produit, publicité sur les lieux de vente, merchandising;
- des décisions souvent inefficaces car elles arrivent quand la campagne est terminée et se limitent à des recommandations sans injonction en recommandant l'arrêt d'une campagne.
Celles-ci ont dès lors décliné l'invitation à faire partie du JEP, ne pouvant se résoudre à servir d'alibi. A présent, le JEP fait sa pub par une campagne de publicité. Et le JEP induit en erreur les consommateurs en déclarant que les les représentants des annonceurs, des agences de publicité et des médias "siègent (au sein du JEP) comme s'ils étaient des consommateurs, pas comme des publicitaires".(2) Plus grave enconre, le Jep envisage d'intégrer "des représentants de la société civile". Lesquels? Mystère. Et, c'est là que la confusion de genre apparaît. Les consommateurs à titre individuel ne représentent pas les organisations de consommateurs qui elles, représentent bien les consommateurs. Intrusions commerciales à l'écoleNon content de revenir à la charge avec son principe d'autorégulation, qui a déjà maintes fois montré ses limites, le Conseil de la publicité dont le JEP émane annonce de surcroît une relance de sa campagne "Media Smart" dans les écoles, déjà menée dans plus de 2000 classes d'élèves âgés de 8 à 14 ans, en totale contradiction avec l'esprit du pacte scolaire et malgré une mise en cause par de nombreux acteurs du monde des média et de l'enseignement. En juin 2005 (http://www.oivo-crioc.org/FR/doc/dcdc/jeunesconsommation/document-1298.html) et en novembre de la même année, le Crioc dénonçait déjà l'intrusion dans les établissements scolaires de ce dossier de propagande pour l'activité publicitaire, présenté sous un jour "pédagogique". De telles activités à visée commerciale sont pourtant interdites dans les écoles. ConclusionMéfiance donc face à ce qui apparaît comme une ultime tentative du secteur de la publicité, de refuser la corégulation dans un cadre paritaire, comme cela s'avère possible avec d'autres secteurs de l'économie. Il n'est que de voir l'exemple du service de médiation "banques-crédit-placement" ou le travail réalisé dans les organes de résolution extrajudiciaire des litiges en matière de voyages, meubles, entretien du textile, véhicules d'occasion, assurance et construction. Pourquoi ne pourrait-il en être de même en matière de publicité? Parce que le conseil de la publicité ne le veut pas?
(1) Raisons de la réserve des organisations de consommateurs par rapport à cette réforme sont détaillées dans l'avis du 18 mai 2006 du Conseil de la Consommation (http://mineco.fgov.be/protection_consumer/councils/consumption/pdf_avis_2006/361.pdf). (2) Voir l'Echo du 3/10. Remarque étonnante quand on sait que les membres du JEP s'abstiennent lorsque le dossier traité concerne leur entreprise.
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