| | Pourquoi les prix alimentaires augmentent ?
Du côté des consommateurs - Prix Date : 15-01-2008Globalement, sur un an et demi (1), le prix des produits alimentaires les plus couramment achetés a augmenté de 7,18 % (2). Ce chiffre global cache, comme bien souvent, des variations très importantes. Sur la même période, les produits qui ont le plus augmenté parmi les produits relevés par le SPF Economie sont : les oignons (89%), les poireaux (69%), les poires rondes (57%), les pommes de terre (53%), les limonades aux extraits de thé et les plats surgelés à base de poissons (20%). On peut également observer que certains produits alimentaires que l'on consomme quotidiennement ont aussi sérieusement augmenté comme: les œufs de poule et la farine (13%), le lait (12%), la margarine de cuisson (10%), le pain (7%)...
Ces chiffres même s'ils sont alarmants doivent être relativisés car les produits alimentaires ne représentent que 12% du panier de biens consommés chaque année par les ménages belges. Cependant, cela suffit pour faire bondir le sentiment d'inflation auprès des ménages belges. C'est un fait que nous sommes en tant que consommateurs particulièrement sensibles à la variation du prix de nos achats courants et que nous sommes également plus sensibles au prix des produits dont nous ne pouvons que difficilement diminuer la quantité consommée, comme les produits d'alimentation.
Il y a plusieurs raisons à cette augmentation des prix alimentaires. La demande de certains produits alimentaires augmente alors que l'offre ne suit pas. Au contraire dans certains pays, comme en Belgique, la production alimentaire suite aux conditions climatiques a été moins bonne et la qualité en a été affectée comme pour le blé. Suite à l'augmentation des prix des carburants, les coûts de production et de transport ont augmenté. Tous ces éléments renforcent les prix des produits alimentaires.
La principale augmentation de la demande des produits alimentaires trouve son origine dans l'élévation du niveau de vie qui permet aux habitants des pays émergents, tels que le Brésil, l'Inde et la Chine, de consommer plus de viande. Cette augmentation de la demande en protéine animale entraîne une augmentation de la demande d'aliments pour animaux. Or produire un kilo de viande nécessite entre 7 et 10 kilo de nourriture végétale. Cette tendance a donc des conséquences importantes sur la demande des produits alimentaires pour animaux.
La diminution de l'offre de produits alimentaires a plusieurs origines. Tout d'abord, le développement des biocarburants, qui a pour conséquence de remplacer les cultures pour l'alimentation par des cultures pour les carburants - à la fois de l'éthanol (par la fermentation du maïs et de la canne à sucre par exemple) et du biodiesel (par la transformation d'huiles végétales comme le soja en carburant). Le problème c'est que l'utilisation de plus de surfaces pour les biocarburants réduit les surfaces disponibles aux produits alimentaires. La réduction de la production des produits alimentaires engendre une augmentation du prix de ces produits alimentaires. Ce développement a également des conséquences sur d'autres produits que ceux qui servent de biocarburants. Par exemple le prix de l'huile d'olive a augmenté suite à l'utilisation d'autres huiles dans les biocarburants. C'est un tel problème au niveau mondial que le rapporteur des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a exigé un moratoire international sur la production de biocarburants, afin de lutter contre la hausse des prix alimentaires.
Ensuite les aléas climatiques. Après un hiver rude, l'Australie, l'est et le sud-est de l'Europe subissent un état de sécheresse qui affecte les récoltes. Conséquence: la récolte de blé en Australie a chuté de 25 millions de tonnes à 10 millions de tonnes à cause d'une sécheresse extrême. Dans le nord de l'Europe, le mauvais temps compromet la qualité du grain. En Grande-Bretagne, les champs sont noyés sous les inondations. En Belgique, il ne faut pas oublier que cette année, nous avons eu un printemps estival suivi d'un été pluvieux. Résultat : les plantes telles le blé ont germé très tôt puis ont été freinées dans leur croissance. Les récoltes ont donc été assez maigres. De plus, la pluie de cet été a eu pour conséquence que de nombreux fruits et légumes étaient déjà pourris au moment de la récolte. Il s'en suit une baisse du rendement de production (100kg/ha), de 2 % (3), et du nombre de tonnes produites, de 7 %, dans toute la production des cultures agricoles belge à l'exception des prairies qui ont augmenté leur production de 3,5%.
Et le lait dans tout ça ? La poudre de lait est utilisée par les éleveurs pour nourrir le bétail comme le veau. Par conséquent, pour les produits laitiers ce qu'on observe c'est que la demande en lait progresse tandis que la production est en baisse. Cette production est en baisse car beaucoup de « petits » producteurs de lait ont été amenés à abandonner leur activité dans de nombreux pays à cause des niveaux élevés de l’investissement de base et des prix bas auxquels leur production était achetée. Mais également à cause de la météo, par exemple, la sécheresse en Australie a diminué la production de lait d’un milliard de litres pour une production mondiale de 620 milliards de litres. Il s'en suit une augmentation des prix du lait mais également des produits dérivés, comme les yaourts, le fromage ou les céréales de petit déjeuner avec une hausse attendue d'ici la fin de l'année de jusqu'à 10%.
Et enfin, le prix du pétrole, l'évolution récente du prix du baril a entraîné une augmentation du prix des combustibles. Or les produits alimentaires n'arrivent pas tout seul dans les magasins. Il faut les transporter. Ce transport se fait principalement par bateaux et par camions. Par conséquent, la hausse des carburants est répercutée sur le prix des produits transportés. Certains produits, maraîchers par exemple, nécessitent d'être cultivés dans des serres qui sont chauffées. Là encore, comme les coûts de production augmentent, le prix suit. D'autres produits alimentaires sont également fortement influencés par l'évolution des produits pétroliers. Pour le pain, par exemple, les prix des produits énergétiques sont beaucoup plus importants que le prix de la farine. Bien sûr lorsque aussi bien le prix de l'énergie que celui de la farine augmente, le résultat ne se fait pas attendre. En ce qui concerne le prix du pain nous regrettons la libéralisation du prix du pain blanc (1er juillet 2004) qui même s'il n'empêchait pas les autres pains d'augmenter permettait au moins de limiter les augmentations de cet aliment que nous consommons tous les jours.
Et l'avenir ? Alors que la part des dépenses d’alimentation dans le total des dépenses de consommation des ménages était tendanciellement en baisse jusqu'en 2000, on observe que depuis notre passage au 21ième siècle cette tendance s’est inversée. Les prix alimentaires vont-ils encore augmenter? Nous pensons que oui, dans la mesure où les causes des augmentations que l'on observe en matière alimentaire ne disparaîtront pas. Nous allons donc assister à une hausse structurelle des prix alimentaires. De plus, il faut savoir que l'euro tant décrié nous rend actuellement un fier service, car les prix de nombreux produits alimentaires et de tous les produits pétroliers évoluent en $. Or la valeur de l'€ ne cesse d'augmenter par rapport au $. Ce qui a pour effet de diminuer le prix relatif de ces produits importés. Autrement dit, la hausse relative des prix alimentaires serait encore plus forte si nous n'avions pas une devise aussi forte.
Les prix alimentaires baisseraient-ils si les récoltes étaient meilleures et si les prix pétroliers chutaient? Nous ne le pensons pas car prenez l'exemple des moules: avant la crise des moules, il y a trois ans, ce plat coûtait environ 8 € dans les restaurants bon marchés. Après la crise, il coûtait 10 €. Entre-temps, la production s'est améliorée, mais n'espérez pas manger des moules à moins de 11,95 €. Pourquoi? Parce que les producteurs profitent de la hausse générale des prix pour relever ceux de leurs produits, mais qu'ils ne les abaissent pas lorsque les coûts de production baissent.
Face à ce constat il n'y a qu'une solution: changer ses habitudes d'achat. Voici quelques conseils pour mieux s'en sortir. Faites vos achats en fonction de vos besoins! Evaluez les quantités nécessaires en fonction du type d’aliment, de sa durée de conservation et des quantités consommées par le ménage. Par exemple : il est inutile d’acheter 2 Kg de poisson en promo, si on vit seul, que l’on mange du poisson 1 fois par semaine et que l’on ne dispose pas d’un congélateur pour conserver ce qui ne sera pas mangé frais. Faites une liste des courses pour éviter les achats impulsifs! Établir une liste des produits dont on a besoin permet de ne passer que dans les rayons nécessaires et on est beaucoup moins tenté. Achetez des produits de saison! Les produits de saison sont généralement proposés à des prix plus intéressants. Evitez le suremballage. Les produits en emballages individuels coûtent toujours plus cher. Lorsque vous achetez des fruits préemballés, vous payez l'emballage au prix des fruits! Préférez l'eau du robinet à l’eau en bouteille. L’eau du robinet est 240 fois moins chère que l’eau minérale en bouteille. Evitez de devoir jeter des aliments. Au moment de faire ses achats, il est important de bien vérifier la «date de péremption» et surtout la «date limite de consommation» de l’aliment et les conditions de conservation recommandées. Exemple : les aliments vendus dans des comptoirs frigo doivent être transportés et replacés au frigo dans un délai de max. 2 heures (plus rapidement si la température extérieure est élevée). Il faut donc éviter d’acheter des produits réfrigérés si on ne peut pas respecter les délais et les conditions de conservation préconisées.
(1)Entre le 1er janvier 2006 et le 1er juillet 2007
(2)Source: BNB, calculs CRIOC
(3)Source: BNB, calculs CRIOC
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