Dans un contexte de crise et de pessimisme, les consommateurs sont inquiets et réduisent au maximum leurs dépenses[1], surtout en matière de loisirs. Parmi ceux-ci, nous retrouvons la lecture et l'achat de livres.
Alors que les jeunes lisent de moins en moins, et qu'à cela s'ajoute un contexte économique défavorable, l'accès à la lecture et à la culture de manière générale est rendu encore plus difficile en raison d'une anomalie historique: la Tabelle.
Qu'est ce que la tabelle?
La Tabelle est un reliquat des frais de douane et des risques de fluctuation du change entre les francs français et belges, qui grève le prix en Belgique de certains livres vendus dès lors plus cher qu'en France. Ce mécanisme fut légalisé par un arrêté ministériel adopté en 1974, puis abrogé en 1987.
Alors que depuis 2002, nous disposons de la monnaie commune et de la libre circulation des marchandises, cette "tabelle", imposée par les distributeurs exclusifs (ces distributeurs empêchent les libraires belges de commander directement leurs ouvrages en France), n'a pourtant jamais cessé d'exister en pratique.
Si dans les années 80, la tabelle était une taxe, elle est aujourd'hui devenue synonyme de coûts spécifiques au marché belge.
Ainsi deux groupes de distribution disposant de positions dominantes sur le marché de la vente des livres importés en Belgique n'hésitent pas à justifier la différence de prix entre un livre identique vendu en Belgique et en France par l'existence de coûts spécifiques.
Impact de la "tabelle" sur les prix
| Titres | France en € | Belgique en € | Différence en € | Surcoût en % |
| Petit Larousse illustré 2010, | 27,90 | 31,30 | 3,40 | 12,19 % |
| Le Nouveau Petit Robert | 59,00 | 65,65 | 6,65 | 11,27 % |
| Patrick Roegiers, La spectaculaire histoire des rois des Belges, Perrin | 22,00 | 24,95 | 2,95 | 13,41 % |
| C.R. Zafon, Le Jeu de l’ange, Robert Laffont | 22,00 | 24,95 | 2,95 | 13,41 % |
| S. Meyer, Hésitation tome 3,Hachette | 18,00 | 20,20 | 2,20 | 12,22 % |
| Londres, Lonely Planet | 17,00 | 19,65 | 2,65 | 15,59 % |
| Marc Levy, Le premier jour, Robert Laffont | 21,00 | 23,65 | 2,65 | 12,62 % |
| Amélie Nothomb, Le Voyage d’hiver, Albin Michel | 15,00 | 16,85 | 1,85 | 12,33 % |
| Erik Orsenna, La grammaire est une chanson douce, Stock | 12,00 | 13,45 | 1,45 | 12,08 % |
| Bescherelle - La Conjugaison pour tous, Hatier | 7,90 | 9,20 | 1,30 | 16,46 % |
| Petit traité de manipulation à usage des honnêtes gens, PUG | 20,00 | 22,00 | 2,00 | 10,00 % |
| Anne Frank, Le Journal d'Anne Frank, Livre de Poche | 6,50 | 7,30 | 0,80 | 12,31 % |
| Y. Khadra, L'attentat, Pocket | 6,90 | 8,00 | 1,10 | 15,95 % |
| R. Loisel, Mains Rouges, Glénat | 13,00 | 14,50 | 1,50 | 11,54 % |
| San-Antonio, Ceci est bien une pipe, Fleuve noir | 5,90 | 6,85 | 0,95 | 16,10 % |
Or, transporter un livre au départ de Paris vers Bruxelles (308 km) coûte moins cher que de le livrer à Marseille (662 km). Sauf quand des distributeurs disposent d'un monopole et qu'ils peuvent imposer leur propre prix. Une hérésie dans le marché unique. Un frein à la libre circulation des biens et des services.
Injuste pour les consommateurs, injuste pour les auteurs
L’impact de cette différence de prix est importante quand on sait qu’environ 45% des livres publiés en France, sont vendus au consommateur belge à un prix supérieur pouvant atteindre 17% de plus. Or, la plupart des libraires indépendants appliquent le prix affiché sur les livres qu'ils importent directement de France quand l'accès au distributeur français leur est permis.
"Nous ne comprenons pas pourquoi nos livres, comme tous ceux des écrivains du monde entier, se vendent plus chers à Bruxelles, Liège, Namur ou Charleroi qu'à Paris, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg ou Marseille" s'interrogent des auteurs belges publiés en France.
Les libraires ont déposé plainte au Conseil de la concurrence pour entente illicite
DILIBEL et INTERFORUM BENELUX augmenteraient leur marge sur le dos du consommateur belge. C'est ce qui a d'ailleurs motivé le syndicat des Libraires francophones à introduire une plainte au Conseil de la concurrence en 2006. Le 22 octobre 1999, l'auditorat du conseil de la concurrence a remis un avis négatif dans la mesure où l’instruction du dossier n’a pas permis d’établir qu’il existerait une entente entre Dilibel et Interforum visant à maintenir une majoration de prix. Chacune de ces entreprises applique une majoration de prix différent, qui est établie selon des critères différents et peut également varier en fonction des catégories d’ouvrages. Le Conseil estime par conséquent qu'on ne peut parler d’une entente qui serait fondée sur une structure commune des coûts de distribution.
Conclusion : Le consommateur belge continuera à payer les livres provenant de France plus chers qu'en France.
[1] Etude complète:Les consommateurs et la crise.