Selon le porte-parole du groupe, ce produit a été conçu pour des consommateurs qui souhaitent retrouver le goût de la bière au cours de la journée dans une boisson non alcoolisée. Ce produit s'adresserait à un public adulte et masculin.
Très bien, sauf que la bière non alcoolisée a déjà été inventée. Ce produit ne joue-t-il pas excessivement sur l'ambiguïté dans le but d'ancrer la marque dans les esprits, y compris chez les plus jeunes, et de les habituer au goût de la bière de manière légale vu que la boisson ne contient pas d'alcool ? Si ce n'est pas l'objectif annoncé (quoi de plus normal), il est certain que cela fasse partie du plan marketing. D'ailleurs le nom du soda en question en est révélateur. Il ressemble étrangement aux noms des boissons énergisantes que l'on peut retrouver sur le marché et qui s'adressent, justement, à un jeune public. A tout le moins, ce produit suscite le questionnement sur les intentions réelles de la firme.
Toujours selon AB Inbev, ce produit ne sera pas mis en vente dans les grandes surfaces au côté des sodas classiques. D'une part, cette affirmation restera à vérifier au moment de la mise sur le marché, et d'autre part, peu importe sa place en grande surface, c'est bien le concept du produit qui pose problème.
Alors que de nombreuses politiques de prévention et de sensibilisation aux dangers liés à la surconsommation d'alcool, à l'origine d'organismes d'éducation ou d'autorités publiques, ont vu le jour; une nouvelle fois le marketing et les pratiques commerciales entrent en totale opposition avec ces dernières. Le CRIOC et le Groupe porteur Jeunes, alcool et société soulignent depuis longtemps ces contradictions.
Comment les autorités publiques peuvent-elles encore s'indigner d'une consommation problématique de l'alcool chez les jeunes, si les industriels ont blanc-seing pour les habituer au goût et à cette consommation dès le plus jeune âge en surplus du matraquage publicitaire? Ce soda, même s'il reste inoffensif en soi d'un point de vue de santé publique, constitue un non-sens choquant d'un point de vue éthique.
Rappelons que le parlement de la Communauté française a récemment adopté à l'unanimité une résolution demandant au gouvernement d'interdire la distribution gratuite ou la vente au forfait de boissons alcoolisées et d'entamer une réflexion avec le gouvernement fédéral en vue d'envisager une interdiction totale de la publicité pour les boissons contenant de l'alcool.
Le CRIOC et le Groupe porteur Jeunes, alcool et société(1), actifs dans la lutte contre les assuétudes, espèrent que cette initiative portera ses fruits et que de telles problématiques feront entière partie des réflexions.
(1) Le groupe porteur "Les jeunes, alcool et société" a été initié en 2003 et est piloté par Univers santé asbl, qui mène en Communauté française réflexions et actions pour une consommation plus responsable et moins risquée d'alcool par les jeunes et qui réunit les associations suivantes: Citadelle - Conseil de la jeunesse - Fédération des centres de jeunes en milieu populaire - Fédération des Etudiant(e)s Francophones – Groupe RAPID – Infor-Drogues – Jeunesse et Santé – Ligue des Familles – Latitude Jeunes – Prospective Jeunesse – Question santé – Univers santé.