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Les pesticides sont-ils dangereux pour les enfants ?

Du côté des consommateurs - Santé
Date : 30-03-2005

Sans conteste, oui ... même très dangereux pour le foetus. Des analyses du sang, du cordon ombilical, du liquide amniotique effectuées chez des nouveau-nés attestent que les pesticides passent la barrière placentaire.

L'orgagenèse est la période hautement critique pendant laquelle l'embryon est le plus sensible aux substances chimiques. Cette période varie, selon l'organe, de 3 à 5 semaines; elle est suivie d'une période moins critique qui s'étend, pour le système nerveux central, les yeux et les organes génitaux, jusqu'au terme de la gestation. Des études épidémiologiques réalisées chez des familles d'agriculteurs ou dans la population générale ont permis d'établir une association entre l'usage par le père et/ou par la mère de pesticides et certaines anomalies congénitales, des leucémies, des tumeurs cérébrales et autres pathologies pédiatriques.

Le père peut contaminer son futur enfant avant même sa conception et pendant sa gestation soit via son sperme, soit par le transfert des résidus dont il est porteur sur les mains, les vêtements vers la mère; à son tour, celle-ci peut contaminer l'enfant qu'elle porte via le passage transplacentaire. Lorsqu'elle utilise elle-même des pesticides, la mère peut aussi contaminer son enfant pendant sa gestation et après sa naissance.

L'enfance reste une période critique: l'enfant n'est pas un petit adulte. Il n'est pas capable de métaboliser, de détoxifier et d'excréter les substances toxiques comme l'adulte; son système immunitaire est immature; sa peau, très perméable aux agents lipophiles, les absorbe plus rapidement que l'adulte. L'usage, par les parents d'insecticides dans la maison est particulièrement dangereux. A l'intérieur de la maison, les insecticides se dégradent très lentement et peuvent persister de longues années dans les tentures, les poussières, les tapis et ni le nettoyage à sec, ni les aspirateurs ne sont capables d'en réduire significativement les teneurs... Il a été calculé que le petit enfant court un risque 12 fois supérieur à celui de l'adulte lorsqu'il est exposé à des substances toxiques.

En outre, sans que nous en soyons conscients, les meubles, les tapis, les textiles, les cuirs des fauteuils sont souvent traités, lors de leur fabrication, avec des pesticides particulièrement rémanents auxquels il faut ajouter une série d'autres substances dont nous ne soupçonnons même pas l'existence tels que des esters de phthalates, des composés organo-étains, des retardateurs de flamme bromés, des alkylphénols, des paraffines chlorées, des COV (composés organiques volatils). Ces substances sont soit neurotoxiques, soit des promoteurs de cancer, soit des perturbateurs du système endocrinien... Elles ont été décelées dans le lait maternel et certaines d'entres-elles dans le cordon ombilical, le liquide amniotique, le placenta.

Ces considérations sur les voies de contamination découlent de trente années d'enquêtes épidémiologiques. Si l'élévation de l'incidence des cancers infantiles et d'anomalies congénitales observée dans les pays industrialisés peut s'expliquer, en partie, par une amélioration des techniques de dépistage, cependant elle a été trop rapide et la plus forte probabilité reste l'exposition in utero et post-natale à des substances toxiques, dont les pesticides, sans toutefois nier d'autres facteurs de risque. Cette élévation constante constitue un problème croissant qui mobilise les autorités scientifiques. Pour elles, l'enfant est aujourd'hui en danger! Et s'il n'est pas toujours possible de le protéger de toutes les substances chimiques présentes dans son environnement, il est impératif de ne pas multiplier les risques d'effets irréversibles en l'exposant à des insecticides ou à des herbicides dont certains se sont également révélés toxiques.

Pour vous convaincre, le Pesticides Action Network Belgium (PAN Belgium) a rassemblé les enquêtes. En voici quelques résultats plus en détail.

Les troubles de la reproduction et les anomalies congénitales

Les résultats des études, réalisées essentiellement aux USA et au Canada, ont permis d'observer que c'est l'exposition paternelle avant la conception qui augmentait le plus significativement le risque.

Pendant la gestation et la petite enfance, c'était surtout l'exposition directe de la mère particulièrement si elle avait eu lieu au début de la grossesse. Le risque de mort du nouveau-né du à des anomalies congénitales était plus élevé chez les enfants d'arboriculteurs et chez ceux résidant dans un large périmètre autour des cultures intensivement traitées. En cause, ce sont non seulement des insecticides connus pour leurs toxicités mais également des fongicides et des herbicides.

En Europe, l'analyse des registres des anomalies congénitales (2 français, 1 anglais, 2 italiens et 1 hollandais) a montré que l'exposition maternelle durant le 1er trimestre de la grossesse à des pesticides ménagers (ou biocides) et aux solvants pouvait être associée à l'apparition de fentes bucco-faciales. En outre, l'épidémiologie suggère également que le foetus mâle est plus sensible que le foetus femelle; cette sensibilité induit une modification du sex ratio avec un excès de filles. Si dans la population générale, le diagnostic prénatal et les interruptions de grossesse ont permis une diminution de la prévalence des anomalies congénitales, elle reste cependant globalement constante pour certaines anomalies. Quelques unes augmentent même, notamment celle de la cryptorchidie et de l'hypospadias, ce qui amène le monde scientifique à penser que ce phénomène serait lié aux pesticides, et autres substances perturbatrices du système endocrinien.

Les cancers pédiatriques (leucémies et tumeurs cérébrales)

Les cancers sont, après les accidents, la deuxième cause de décès chez les enfants âgés de un à quatorze ans. Les plus fréquents sont les leucémies suivies par les tumeurs cérébrales. Leur incidence varie selon la tranche d'âge et est plus forte chez les garçons pour certains cancers. Dans les pays disposant de registres des cancers pédiatriques, une augmentation de leur incidence, pouvant s'élever de 1 à 2% par an, a été mise en évidence avec des pics dramatiques, notamment aux USA entre 1970 et 1990. Elle affecte particulièrement les enfants de race blanche. La tumeur de Wilms, le lymphome non-Hodgkinien et quelques autres cancers infantiles sont également en augmentation de même que le cancer des testicules chez les adolescents.

Les premiers cas de leucémies chez les enfants qui ont été exposés à des pesticides datent de 1970. Depuis lors, plus d'une vingtaine d'études ont été menées chez des enfants d'agriculteurs ou issus de la population générale. Ces études, réalisées essentiellement aux USA et au Canada ainsi que dans quelques pays européens (Allemagne, Norvège, Italie, Grèce), ont également pris en considération l'exposition aux biocides. Le risque de développer une leucémie aiguë était aussi élevé pour l'usage de ceux-ci que pour celui des pesticides agricoles. Et si les insecticides utilisés à l'intérieur des maisons sont à haut risque, notamment pour le foetus et le tout jeune enfant, certains herbicides sont également susceptibles d'augmenter le risque de l'une ou l'autre pathologie. Il est maintenant bien établi que certaines formes de leucémie (ALL et ANLL) sont initiées in utero.

L'incidence des tumeurs cérébrales (astrocytome, épendymome, tumeurs neuroectodermiques) s'est élevée aux USA, de 2% par an chez les enfants et adolescents âgés de moins de 20 ans. Les scientifiques estiment, comme pour d'autres pathologies infantiles, que des facteurs environnementaux participent largement à cette augmentation. L'exposition professionnelle paternelle a fait l'objet de nombreuses enquêtes. Comme pour les leucémies, le rôle des pesticides agricoles et des biocides dans le développement de divers types de tumeurs cérébrales a pu être mis en évidence et, dans l'ensemble, les enquêtes confirment la grande susceptibilité du cerveau du foetus aux effets carcinogènes des pesticides ainsi que celle de l'enfant dans les premiers mois de sa vie. Elles confirment également que les insecticides ménagers (y compris les pyréthrinoïdes vantés comme peu toxiques...) et des herbicides sont capables d'induire des tumeurs cérébrales et que leur usage inconsidéré peut lui aussi augmenter significativement le risque d'autres cancers tels que les neuroblastomes, la tumeur de Wilms, le sarcome d'Ewing, les lymphomes.

Même si toutes les études n'ont pas montré de risque statistiquement significatif, la littérature scientifique permet donc d'établir, sans conteste, que le rôle des pesticides est hautement plausible dans le développement d'anomalies congénitales et de cancers infantiles et qu'ils figurent, avec les solvants et les peintures, parmi les substances présentant les plus hauts risques. Si l'élévation de leur incidence observée dans les pays industrialisés peut s'expliquer, en partie, par l'amélioration des techniques de dépistage, la plus forte probabilité reste l'exposition in utero et post-natale à des substances toxiques, dont les pesticides, sans toutefois nier d'autres facteurs de risque. S'il est encore hasardeux de quantifier au niveau mondial leur évolution, cette élévation pose cependant un problème croissant qui a amené certains scientifiques à tirer la sonnette d'alarme.

C'est le sens de L'appel de Paris, appel lancé aux citoyens, à l'initiative de l'ARTAC, par des prix Nobel de Médecine et des représentants d'instituts scientifiques.

Une revue de l'épidémiologie relative à l'exposition des enfants aux pesticides réalisée par le Dr. Jacques STENUIT et Marie-Louise VAN HAMMEE peut être téléchargée sur le site Internet du Pesticides Action Network Belgium: http://www.pan-belgium.be dans la rubrique Approfondir, chapitre 4 du document Aperçu sur l'épidémiologie des pesticides). A consulter également sur ces sites Pas de pesticides à la maison. Solutions sans danger pour le contrôle de bestioles indésirables et Pesticides à usage domestique. Risques pour la santé. Des alternatives sont proposées et les toxicités de quelques insecticides sont décrites.

Appel de Paris: http://www.artac.info - Signature en ligne ou possibilité d'adresser une lettre d'adhésion à l'Association Française pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, 57-59 rue de la Convention à 75015 Paris.

Références:

  • The EPA children's environmental health yearbook (US EPA, 1998);
  • Pesticides, le piège se referme, François VEILLERETTE, Ed. Terre Vivante, Domaine du Raud, 38710, Mens, France, 2002, 159 pages, Tél: 04/76.34.80.80;
  • Ces maladies créées par l'homme? Comment la dégradation de l'environnement met en péril notre santé, Pr. Dominique BELPOMME, Ed. Albin MICHEL, 2004, 378 pages;
  • La société cancérigène. Lutte-t-on vraiment contre le cancer?, Geneviève BARBIER et Armand FARRACHI, Ed. de la Martinière, 2004, 190 pages.

NDLR:

Inter-Environnement Wallonie a également publié le 21 mars 2005 un long communiqué de presse qui tire la sonnette d'alarme quant à la pollution des eaux wallonnes par les pesticides. Ce qui entraîne de coûteuses opérations de traitement des eaux, évaluées à 7 millions € par an, pour rendre l'eau potable. Une approche préventive s'avère dès lors urgente. Contact IEW: Frédéric Soete, Tél.: 081/255.291, e-mail: f.soete(at)iewonline.be.


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