Le CRIOC présente une nouvelle étude consacrée à l'argent des jeunes. Celle-ci vise à déterminer les montants d'argent de poche et autres moyens mis à disposition des jeunes et à en préciser l'affectation. Sur cette base, différentes recommandations sont formulées à l'attention des parents d'une part, et des pouvoirs publics d'autre part.
Méthodologie
1.035 interviews quantitatives ont été réalisées de mars à mai 2003 en Belgique en face à face auprès de jeunes et de parents. L'échantillon aléatoire stratifié a été redressé selon la méthode des points de chute. La marge d'erreur est de 3,0 %. Les comparaisons européennes ont été fondées sur l'étude réalisée par UniBoon (2001).
Quelques résultats
6 enfants sur dix entre 7 et 18 ans reçoivent de l'argent de poche de leurs parents. Ceux de 7 à 8 ans qui en bénéficient (33% pour cette tranche d'âge) ont en moyenne, mensuellement, 10,50 Eur. Entre 9 à 10 ans, ce montant est de 11 Eur, et grimpe à 24 Eur pour les 11 - 12 ans. Entre 15 et 17 ans, les jeunes qui bénéficient d'argent de poche reçoivent en moyenne, mensuellement, 37 Eur, et ces montants augmentent encore pour les plus âgés. A partir de 16 - 17 ans, près d'un jeune sur deux complète ses revenus d'argent de poche par un job étudiant.
Une évolution à la hausse depuis 10 ans, a pu être également constatée. Enfin, l'étude montre que la Belgique s'inscrit dans la moyenne européenne en matière d'argent de poche.
Conclusions
Les enfants, adolescents et jeunes disposent de montants importants en matière d'argent de poche. Celui-ci sert dans un premier temps d'outil d'apprentissage. Perçu comme tel par les enfants et les adolescents, il est accumulé pour réaliser des achats coûteux ou épargné sur un compte à la banque. Peu d'enfants et de jeunes l'utilisent pour des dépenses immédiates. Les parents, principaux bailleurs de fonds, paient les achats nécessaires.
Rarement utilisé pour payer des petites dépenses quotidiennes, l'argent de poche est utilisé chez les adolescents pour satisfaire à des achats plaisir (vêtements, jeux, CD-DVD-K7), à des cadeaux ou cartes GSM, ou à des confiseries, cigarettes ou boissons.
Chez les jeunes adultes, il devient un élément indispensable pour gérer les dépenses régulières et s'accompagne alors souvent d'autres sources de financement: jobs d'étudiants, bourses d'études, allocations sociales, voire le travail du partenaire chez certains jeunes de plus de 20 ans. Cette recherche de revenus complémentaires chez les étudiants de l'enseignement supérieur montre que les études coûtent cher.
Recommandations
Ces données permettent aux parents de se situer par rapport aux sommes d'argent de poche qu'ils allouent à leurs enfants. Toutefois, la comparaison des montants alloués selon les tranches d'âge, ne doit pas avoir pour effet de culpabiliser les parents qui donnent "moins d'argent de poche que la moyenne" car les budgets que les ménages peuvent consacrer à l'argent de poche de leurs enfants, ne sont pas extensibles, et ces derniers doivent aussi apprendre à s'organiser en fonction de cette contrainte familiale. Les critères qui doivent prévaloir dans la fixation d'un montant sont les moyens disponibles d'une part, et le type de relation établi entre enfants et parents d'autre part. Le dialogue sur les achats et comportements de consommation doit de toute façon accompagner la marche des jeunes vers l'autonomie financière.
C'est pourquoi cette étude motive le CRIOC à insister sur l'importance de l'éducation à la consommation, aussi bien dans la famille qu'à l'école. L'argent de poche est un outil pour former les jeunes à la gestion d'un budget et non une fin en soi. Il est également nécessaire de sensibiliser parents et jeunes aux risques de certains achats et modes de paiement. Et il ne faut pas négliger le rôle parental de contrôle et de fixation des limites. En effet, les limites fixées par les parents constituent un cadre éducatif utile pour l'apprentissage des inévitables frustrations que le jeune rencontrera tout au long de son existence de consommateur.
Dans le cadre scolaire, une première approche de sensibilisation peut avoir lieu dès la fin du primaire, vers 11-12 ans où plus de la moitié des enfants reçoivent déjà de l'argent de poche. Il est donc possible de commencer à débattre sur des expériences qu'ils mènent concrètement. Ensuite, une seconde approche pourrait avoir lieu vers la deuxième année du secondaire, sur base des nouvelles expériences bancaires et informatiques de gestion de l'argent. C'est l'âge aussi d'aborder les aspects plus juridiques des droits et devoirs du jeune consommateur. Enfin, pour les jeunes qui arrivent en terminales vers 17-18 ans, l'information doit porter sur leur démarrage à l'âge adulte - en fonction des futurs parcours professionnels - et sur les dangers du crédit à la consommation et du surendettement. Les initiatives d'organismes d'information sur les revenus, bourses, et jobs étudiants, ne manquent pas. L'information "jeunes consommateurs" doit être complémentaire à celles-ci: critères de choix, mode d'utilisation, gestion des déchets, dépôt de plaintes.
l'étude complète